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Francine Closener : «Il faut mettre de l’humain dans les infrastructures»


«Je pense que les citoyens se soucient davantage de leur bien-être que d’infrastructures. Ce côté vivre-ensemble manque dans notre pays.» (Photos : alain rischard)

La coprésidente du LSAP, Francine Closener, souhaite profiter de cette super-année électorale pour développer les bonnes pratiques en matière de bien-être et de vivre-ensemble. Penser plus humain et moins matériel.

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En 2017, le LSAP a obtenu 155 mandats communaux (209 pour le CSV, 108 pour le DP et 77 pour les verts), avec une grosse concentration dans le sud du pays, votre fief. Avez-vous des objectifs chiffrés pour ces élections communales ?

Francine Closener : Non. Déjà, il y a beaucoup de communes qui sont passées du système de la majorité relative au scrutin de liste avec représentation proportionnelle. C’est un défi pour tous les partis, pas seulement pour le LSAP. Nous n’avons pas d’objectifs chiffrés, sinon garder ce que l’on a et devenir partout un peu plus forts pour que davantage de socialistes puissent prendre des responsabilités dans les communes. Car elles sont importantes : il s’agit du cœur de la démocratie.

Les partis recrutent encore, à moins de trois mois des élections communales. Pourquoi est-ce si difficile de trouver des candidats ?

Cela dépend des communes. À Mamer, où je suis candidate, nous avons réussi à monter assez rapidement notre liste alors que la commune compte désormais 15 élus et non plus 13, puisqu’on a dépassé les 10 000 habitants. Dans d’autres communes, c’est plus difficile, comme à Hesperange en ce qui nous concerne. Mais l’effort est colossal : dans une commune comme Mamer ou Hesperange, chaque liste devra présenter 15 candidats. Avec une demi-douzaine de listes, il faudra ainsi trouver une petite centaine de personnes prêtes à s’engager… Or je crois que les gens hésitent de plus en plus à donner de leur temps pour la politique, ou donner de leur temps tout court. On le voit aussi dans le bénévolat. La politique est aussi une forme de bénévolat, car il faut investir du temps, de l’énergie, partager sa motivation avec son entourage et au-delà.

Pensez-vous que ces communales soient un bon test avant les législatives, le LSAP ayant le vent en poupe actuellement ?

Si nous avons le vent en poupe, c’est parce que nous avons bien travaillé ces dernières années, à tous les niveaux. C’est de bon augure, et les priorités que l’on a arrêtées depuis longtemps sont valables pour les deux élections, ce qui renforce notre crédibilité. Nous avons ainsi décliné nos thèmes prioritaires «logement-climat-éducation-travail» et «social-santé» au niveau communal : la commune reste l’endroit où le contact avec la population est le plus immédiat. C’est-à-dire que l’on a un retour direct sur les projets et les réalisations. Si une idée paraît évidente au niveau national, sa mise en œuvre sur le plan local peut livrer beaucoup d’enseignements. Sinon, nous avons choisi de faire une grande campagne pour les deux élections, c’est-à-dire que la campagne pour les communales va se muer naturellement en campagne pour les législatives après le 11 juin.

Nous avons d’ailleurs décidé d’un slogan que nous allons conserver pendant toute cette super-année électorale, « Il est temps d’avoir une social-démocratie forte« , que nous déclinons selon les besoins : il est temps d’avoir un Luxembourg fort et social, il est temps d’avoir des communes fortes et sociales, etc. Finalement, les communales sont des élections de proximité, où les personnes comptent souvent davantage que le parti sur la liste duquel elles figurent. Il est donc difficile d’affirmer que les élections communales sont un test pour les législatives. Nous avons cette année publié un programme-cadre électoral plus étoffé qui comporte les bonnes pratiques des communes où le LSAP a des responsabilités. C’est nouveau, et ce partage des bonnes pratiques est prometteur.

(Luxembourg) est une ville qui souffre d’un manque de « XXIe siècle », à notre goût

La cohésion sociale et le vivre-ensemble sont les premières valeurs que vous défendez dans votre programme traduit en cinq langues. Pourtant, il y a peu d’inscriptions des étrangers sur les listes, un problème que vous avez analysé ?

Oui, bien sûr. Et nous avons d’ailleurs lancé notre propre petite campagne pour inciter les étrangers à s’inscrire sur les listes électorales. Cela dit, nous n’avons pas vraiment pu déceler ce qui fait barrage. Ce week-end, il y aura encore une grande campagne. On fait tout ce qu’on peut, surtout pour avoir des candidats non luxembourgeois qui permettent de mobiliser leur communauté. C’est encore plus vrai pour la capitale, où 72 % des résidents sont étrangers, mais très peu d’entre eux profitent de leur droit de vote. Je crois que, fondamentalement, il s’agit d’un problème de communication. Car il ne faut pas parler à un grand bloc d’étrangers, mais s’adresser à de multiples communautés et sous-communautés avec des messages adaptés culturellement et linguistiquement. C’est très compliqué.

L’éducation, l’organisation scolaire et la garde des enfants concernent tous les parents, pourtant…

Oui, c’est pourquoi nous insistons, au LSAP, sur l’aspect intergénérationnel, donc un vaste spectre dans la population. Beaucoup de citoyens sont des personnes plus âgées qui sont encore très vives et possèdent, en plus d’une expérience de vie, de nombreuses compétences, mais elles ne prennent plus part au quotidien de la commune pour diverses raisons. Nous savons aussi que les maisons relais débordent et que de nombreux enfants ont besoin d’aide pour faire leurs devoirs. Il me paraît évident qu’il faudra trouver des concepts pour réunir ces deux populations : des seniors qui ont le temps, le savoir et l’expérience et des enfants qui ont besoin d’aide pour avancer dans leur cursus scolaire. Les communes peuvent stimuler ce genre de coopération intergénérationnelle.

C’est aussi une manière de lutter contre la solitude, un autre problème rarement abordé dans la politique, contrairement à d’autres pays qui ont dédié un ministère à cette thématique, comme en Grande-Bretagne ou dans certains Länder allemands. C’est important, et pas seulement pour les personnes âgées, parce que beaucoup de gens se sont recroquevillés sur eux-mêmes depuis la pandémie et ne se retrouvent plus dans leur vie quotidienne. Si on parle de cohésion sociale, c’est un volet que l’on ne peut pas négliger, alors qu’il l’est très souvent. Ce côté intergénérationnel, je veux le développer davantage – à Mamer, évidemment, mais de préférence partout.

C’est l’objectif poursuivi avec votre proposition de mettre en place des infirmeries communales ?

Oui, tout à fait. On parlait de la sensibilisation des étrangers à l’inscription sur les listes, mais si on n’approche pas personnellement ces citoyens, les campagnes restent vaines. Un infirmier ou une infirmière qui fait son tour auprès des personnes seules ou âgées peut jouer ce rôle, de même que son contact permanent avec les éducateurs et le personnel enseignant permet de soigner ce côté relationnel très important. Son rôle serait aussi de coordonner et d’appliquer un plan communal pour la santé. Nous voulons que les communes se soucient du bien-être des gens, qui n’est pas que matériel.

Le LSAP veut créer une task force dans chaque école, composée d’éducateurs et de psychologues ou aides-soignants, en cas d’urgence ou pour soulager les enseignants. C’est un lourd investissement pour les communes…

Certainement. Mais c’est avant tout une question de priorité. Toutes les communes ne peuvent pas se permettre de mettre en place un tel service, je le conçois, mais avec une meilleure gestion des infrastructures communes, on peut réaliser des économies. Au Luxembourg, on est très fort pour construire des infrastructures, chacun veut son centre culturel, son centre sportif, au détriment de l’investissement dans l’humain. Or je pense que les citoyens se soucient davantage de leur bien-être que d’infrastructures. Ce côté vivre-ensemble manque dans notre pays, et c’est peut-être aussi une des raisons pour lesquelles les gens se sentent moins concernés et profitent de moins en moins de leur droit de vote.

Pour revenir sur la task force elle-même, nous avons eu cette semaine une réunion avec l’Observatoire national de la qualité scolaire, qui a rédigé un rapport sur les inégalités : elles commencent dès le premier cycle de l’école fondamentale. L’observatoire a émis des recommandations pour le niveau préscolaire, dont la présence d’un éducateur ou d’une éducatrice, comme c’est le cas pour le précoce. Il souligne l’importance de généraliser ce soutien au niveau national. Les communes qui ont investi dans ces personnels ont observé de très bons résultats. Il faut être à l’écoute des enfants!

Vous plaidez pour la mobilité douce dans les communes et la limitation de vitesse à 30 km/h dans les localités. Pensez-vous que cela soit réalisable ?

Il existe déjà beaucoup de zones 30 et les espaces partagés, là où ils existent, ont fait leurs preuves. Évidemment, nous savons qu’une limitation à 30 km/h n’est pas faisable partout, mais il faut se poser la question, car il n’y a que des avantages : moins de pollution, moins de bruit, plus de sécurité…

Une autre idée de votre programme est de développer l’économie circulaire. C’est un exemple de bonne pratique retenue parmi les expériences de vos élus ?

Oui, nous avons des Repair Cafés qui existent à Dudelange, mais aussi à Mamer et certaines autres localités. Nous voulons les développer dans les communes, en même temps qu’un service communal de location de matériel de bricolage. Cela prendra certainement du temps, les gens restent encore très attachés à leurs biens. Mais la nouvelle génération a une autre approche, elle va adhérer à ce concept, j’en suis certaine. Il faut lancer l’initiative et avoir de la patience.

C’est aussi une façon de toucher les gens, comme le concept du café des langues, le Babel-Café, organisé dans certaines communes, dont Mamer. Ça fonctionne très bien. Il faut les développer, c’est important pour l’inclusion, un autre thème cher au LSAP et prioritaire.

Le budget participatif, qui est déjà instauré à Dudelange, permet aux citoyens de proposer des projets pour leur commune. Il s’agit aussi d’une offre facile à mettre en place…

Oui, c’est une excellente manière de sensibiliser les gens au quotidien d’une commune, qui dépend beaucoup d’eux, et de mettre en relation élus et citoyens. Je pense en particulier aux jeunes. Les élus, pleins de bonnes intentions, construisent des places de jeux pour les enfants sans demander aux intéressés ce qu’ils en pensent.

Un conseil communal consultatif des enfants et des jeunes est toujours utile dans une commune. Le Zentrum fir politesch Bildung a une panoplie d’idées dans le sens d’une meilleure participation des jeunes à la vie communale. Le LSAP les a reprises dans son programme. Il suffit de piocher et ça ne demande pas un gros investissement.

«Il ne faut pas parler à un grand bloc d’étrangers, mais s’adresser à de multiples communautés et sous-communautés avec des messages adaptés.»

La Ville de Luxembourg, c’est un vrai défi pour vous ?

Oui, absolument. Le DP règne depuis longtemps, trop longtemps, et on espère vraiment être renforcé. C’est une ville qui souffre d’un manque de « XXIe siècle« , à notre goût. J’étais récemment à Bruxelles, ville où j’ai étudié, et je constate avec bonheur qu’ils ont réussi à bannir le trafic du centre-ville, chose qui n’était pas évidente, mais c’est beaucoup plus agréable pour les habitants. Bien sûr, ce qui manque avant tout à Luxembourg, ce sont les logements sociaux, bien que les moyens financiers soient là pour en faire bien plus.

Il y a aussi la convivialité qui est négligée. Il faut créer des zones de rencontre dans les quartiers, encore des projets qui ne coûtent pas très cher. Grâce à l’initiative du LSAP de Mamer, il existe maintenant une maison citoyenne, que nous voulons développer davantage. Il s’agit d’offrir aux nouveaux arrivants la possibilité de découvrir toutes les associations existantes dans la commune, le fonctionnement des services de proximité, les démarches qu’ils doivent faire.

Au sein de cette maison citoyenne, nous avons besoin d’un café communautaire pour y avoir plus de convivialité. Les gens se déplacent toujours plus facilement s’ils peuvent s’asseoir et boire un verre. En gros, il faut mettre de l’humain dans les infrastructures, j’y tiens beaucoup.

Repères

Journaliste. Francine Closener, 53 ans, obtient une licence de journalisme et communication en 1993 à Bruxelles et travaillera à RTL jusqu’en 2013.

Candidate. Étienne Schneider est venu la chercher pour figurer sur la liste Centre du LSAP pour les élections d’octobre 2013.

Secrétaire d’État. Non élue, mais arrivée à une belle 5e place, elle occupera le poste de secrétaire d’État à l’Économie, à la Sécurité intérieure et à la Défense de 2013 à 2018.

Députée. À la suite des élections législatives de 2018, elle quitte la politique pour un poste de fonctionnaire, mais rejoint le Parlement en 2019 après la démission de Marc Angel.

Coprésidente. En mars 2022, elle prend, aux côtés de Dan Biancalana, la coprésidence du Parti ouvrier socialiste luxembourgeois.

Un commentaire

  1. contribuable

    partir en vacances privées avec sa voiture de service du gouvernement, payé par contribuables, c’ est aussi très « humain » !!! pour Closener !!! et dégoutant pour tous…

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