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L’animal politique

Sa silhouette longiligne lui donne presque une allure féline. Recep Tayyip Erdogan était peut-être un chat dans une autre vie. D’autant plus qu’il retombe toujours sur ses pattes. L’hypothèse, tirée par les poils, c’est vrai, n’est pas si ébouriffante quand on sait que la Turquie est un paradis des matous. Istanbul en recense même des centaines de milliers. Qui n’ont à montrer patte blanche nulle part, maîtres en leur royaume partout. Dans les hôtels et les restaurants, au coin de chaque rue… une gamelle les attend toujours çà et là. C’est littéralement Byzance pour ces compagnons familiers qui font partie du décor stambouliote. Aussi chéris et protégés que les plus belles mosquées de la ville.

Pas si saugrenu, au final, d’oser la comparaison avec le président sortant. Beaucoup le disaient usé par vingt ans de règne, fini après l’effroyable séisme de février dernier. Sa souveraineté a un temps été contestée. Éreinté par la critique qui a grondé durant les premières semaines suivant la catastrophe, le chef de l’État n’en a pour autant pas vraiment supporté le poids dans les urnes dimanche. Le chat n’a pas payé ses largesses envers les «Tigres anatoliens», ces promoteurs immobiliers qui n’ont pas tenu leurs engagements. Et pas davantage son alliance avec les Loups gris, des ultranationalistes soucieux de maintenir un pouvoir autoritaire et réprimer toute dissidence.

Certes, ce second tour de la présidentielle est inédit. Jamais le «reis» n’a eu à affronter pareil ballottage de part et d’autre du Bosphore, contre vents et marées d’une opposition trop chahutée. Il est déjà assuré de conserver sa majorité au Parlement. Le peuple a choisi «la stabilité et la sécurité», observent les analystes. Erdogan aborde l’échéance à venir, le 28 mai, avec la conscience plutôt tranquille. Et une confiance inébranlable en sa capacité à rebondir. Il a fait le dos rond, se rendant incontournable sur la scène internationale. Le temps que la stupeur et les tremblements se calment, que les yeux secs regardent ailleurs. Que le quotidien ronronne de nouveau, en somme. L’animal politique se trouvait en bien mauvaise posture. Il n’a rien perdu de son agilité pour se tirer des situations périlleuses.

Alexandra Parachini

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