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[C’était mieux avant] Tom Flammang : «J’ai arrêté un peu trop jeune, je pense…»


«En fin de saison 2003, je n’ai même pas cherché à prolonger, j’étais content que ça se termine», explique Tom Flammang. (photo DR)

Responsable du service des sports à RTL depuis le printemps 2019, Tom Flammang, ancien coureur cycliste professionnel, a terminé 19e de Paris-Roubaix 2002.

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Le coureur perdu de vue que vous aimeriez revoir ?

David Moncoutié, il avait une vision différente du cyclisme et j’ai toujours admiré sa façon de faire. Il ne se prenait pas la tête avec son sport, ce qui ne l’empêchait pas d’être très performant. Ce qu’il parvenait à faire était impressionnant. Quand je l’entends aujourd’hui commenter (sur Eurosport), je trouve ça toujours pertinent. Je me souviens d’un Tour de l’Avenir (en 2000) que nous avions couru ensemble et qu’il avait terminé deuxième (derrière l’Espagnol Iker Flores). On m’avait demandé de protéger David. Je me souviens du début d’une étape de montagne. J’allais le rechercher en queue de peloton. Mais David, qui détestait frotter, a fini par me dire : « Écoute Tom, laisse-moi en queue de peloton, quand ça montera, je remonterai, ne t’inquiète pas…«  Il est remonté et moi, je me suis fait lâcher (il rit). On a toujours bien rigolé avec David. Mais il était à part et désespérait les directeurs sportifs. J’aimerais aussi revoir David Millar avec qui j’ai également roulé chez Cofidis. Il est resté dans le cyclisme et donne souvent son avis.

Je n’ai jamais compris qu’on me demande quelquefois d’emmener les sprints pour nos différentes leaders alors que je me sentais plus fort qu’eux

La plus grosse fête ?

Je vais encore évoquer David Moncoutié et David Millar. Nous étions sur la Côte d’Azur et c’était à la veille de la présentation de l’équipe à Paris. Nous finissions un stage d’avant-saison. On est rentrés dans une discothèque. Millar a pris sa carte Visa et nous a dit qu’il nous payait la soirée. Un peu plus tard, on revoit Moncoutié déguisé en lapin. Il y avait une autre fête déguisée à un endroit de cet établissement et on a terminé avec ces costumes de lapin à 5 h du matin. Le lendemain à Paris, on était tous un peu pâles.

La consigne d’un directeur sportif que vous n’avez jamais comprise ?

Quand j’étais chez Cofidis, je n’ai jamais compris qu’on me demande quelquefois d’emmener les sprints pour nos différentes leaders alors que je me sentais plus fort qu’eux. Comme j’étais jeune, c’était dur pour moi de m’exprimer. Dans l’équipe, il y avait des gars qui allaient vite comme Jo Planckaert par exemple. J’espérais toujours pouvoir faire mon sprint. Mais lorsque le directeur sportif te demande d’être poisson pilote pour un autre, alors tu le fais. Même si tu n’as pas complètement confiance en ton leader. Et alors, ça devient compliqué. Mais à l’époque, les directeurs sportifs n’avaient pas beaucoup d’influence sur la course. J’en avais tenu des leçons lorsque je suis devenu à mon tour directeur sportif.

Votre plus belle victoire ?

Juste avant de passer professionnel, j’ai de bons souvenirs du titre de champion national élite à Ell en 1998. Ce jour-là, j’avais une forme assez incroyable. Il y avait des coureurs comme Kim (Kirchen), Benoît (Joachim), Christian (Poos) qui marchaient bien. On venait d’enchaîner Flèche du Sud et Tour de Luxembourg. Cela m’avait donné du rythme. J’ai retrouvé ce rythme en 2005 lorsque je n’étais plus pro, mais revenu dans le club de Diekirch. Pour la Flèche du Sud, j’avais fini quatre fois dans le top 10 des cinq étapes et je remporte la dernière étape à Esch. J’avais l’impression de me balader. Bon, je n’ai pas gagné Paris-Roubaix, mais ma 19e place (en 2002) reste un super souvenir.

Le plus grand regret ?

Que j’ai mis trop de temps pour avoir confiance en moi. J’avais les qualités pour réaliser un grand truc sur une course comme Paris-Roubaix, c’est assez clair dans ma tête. Mais il m’aurait fallu rester un peu plus longtemps dans le cyclisme. J’ai arrêté un peu trop jeune, je pense.

Je n’ai pas apprécié la façon dont Mark Cavendish nous avait traités

Votre meilleur vélo ?

Un Colnago C50 que j’ai toujours et avec lequel je roulais en 2005/2006. Il m’arrive de l’utiliser encore, le cadre en carbone commence par fatiguer un peu. Mais c’était un vélo extraordinaire. J’ai lu les propos de (Tom) Boonen qui disaient que si tu mettais (Tadej) Pogacar (qui roule sur Colnago) sur un Cervelo, il gagnerait encore avec plus de marge. Je ne suis pas d’accord du tout. Colnago a des vélos passe-partout avec une géométrie facile à emmener.

Le coureur dangereux que vous n’aimiez pas voir à vos côtés ?

Je n’ai pas un bon souvenir de Mark Cavendish lorsque je courais chez Sparkasse. Il était dans mon équipe en début de saison, on nous l’avait présenté comme le grand sprinteur pour le futur, ce qu’il est devenu. En fin de saison, il était devenu stagiaire chez Telekom. Nous courrions sur le Regio Tour en Allemagne et dans une des étapes qui arrivait au sprint, à quatre kilomètres de l’arrivée, il fait une vague et je suis tombé avec Laurent Didier. On a dû quitter la course tous les deux. Il avait une certaine arrogance, que les sprinteurs ont parfois, ce qui n’est pas anormal. Mais je n’ai pas apprécié la façon dont il nous avait traités.

Le coureur le plus fort ?

Je cite encore une fois Moncoutié. Je donne un exemple, je faisais chambre avec lui et David souffrait d’un rhume. Le médecin passe le soir et lui donne un Dafalgan. Le lendemain matin, le comprimé était resté sur la table de nuit. Il voyait le cyclisme comme ça. Je suis persuadé qu’aujourd’hui encore, il se soigne sans médicament. C’était incroyable de le voir réagir comme ça alors qu’à l’époque, notre sport était bien moins propre qu’aujourd’hui.

Le transfert qui aurait pu se faire ?

À la fin de 2003, j’ai quitté le monde pro. Je marchais fort en début de saison, sur une étape de l’Étoile de Bessèges, échappé, je me fais reprendre à un kilomètre de l’arrivée. Le lendemain, je me retrouve devant sans le faire exprès. Mais un jour plus tard, j’ai souffert d’un gros mal de genou, sans doute dû au changement de système de pédales l’hiver précédent. En fin de saison, je n’ai même pas cherché à prolonger, j’étais content que ça se termine. Après un retour en amateurs, j’ai repris en 2004 avec une belle saison. Du coup, j’ai démarché des équipes, dont l’équipe de Marc Madiot (FDJ). Avec la perspective des classiques flandriennes, je pensais que c’était l’équipe idéale. Je n’ai pas eu de réponse. Le seul retour, c’était celui de Gérard Bulens, manager de Landbouwkrediet. Cela s’est arrêté lorsque je demandais un salaire minimum et décent pour rouler dans cette équipe de deuxième division.

Le meilleur directeur sportif ?

Ce n’était pas chez les pros à l’UC Dippach avec Lucien Didier. C’est tout simplement le meilleur que j’ai eu durant toute ma carrière.

EN BREF
Tom Flammang (45 ans), père de quatre enfants (trois filles et son fils Jonah, dont il suit la progression), a souvent mené de front plusieurs activités après sa carrière professionnelle.

S’il a toujours continué activement à concourir dans son sport (chez les masters au LG Bertrange), il fut longtemps marchand de cycles (jusqu’à fin 2021).

Responsable depuis le printemps 2019 du service des sports chez RTL, où il était devenu journaliste professionnel, il commente depuis de longues années déjà le cyclisme à la télévision où son consultant n’est autre que Kim Kirchen.

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